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 Les campagnes de la Cité

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Aquilodon
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MessageSujet: Les campagnes de la Cité   Ven 19 Mar 2010 - 19:51

Humfalos le Sage regardait le soleil disparaître à l'horizon. Il regardait les paysans qui s'activaient encore, malgré leur journée de rude labeur. Voilà deux jours que le Grand Conseiller Ménéxen avait ordonné une réforme agricole de la Province, dont l'économie était au plus bas lors de l'entrée en fonction d'Aquilodon. Humfalos avait dans les quatre vingtaines d'années. C'était un vieux géant, un érudit, qui avait étudié toute sa vie l'histoire, la religion, l'économie et la science. Il avait quitté les tribus de sa race, qu'il jugeait stupide, pour se consacrer à l'étude. A son grand dam, il n'avait jamais disposé de pouvoirs magiques, ce qui l'aurait hissé bien plus tôt dans les castes supérieures de la société impériale. Non, Humfalos n'avait pour lui que sa formidable intelligence, et son don de persuasion. Il était assez chétif pour un géant, et son dos courbé lui donnait la taille d'un simple troll, à peine plus grand qu'un humain. Sa voix était chevrotante, et ses cheveux blancs et clairsemés laissaient paraître les tâches de vieillesse de son crâne. Une barbe peu abondante mais longue tentait de lui donner l'air respectable, sans y parvenir. Humfalos, d'extérieur, paraissait être un vieillard mourant et sans défense aucune. A l'arrivée d'Aquilodon en Zakinthe, il avait accepté de renouer avec les peuples de ceux que l'on appelle injurieusement les barbares, dès qu'il avait vu quel genre d'être était le Prophète. Pieux, puissant, sûr de lui, cultivé dans de nombreux domaines... Humfalos n'avait pas prêté serment à l'Equilibre, car il était depuis toujours un fidèle serviteur de Nimburr. Chose étrange, Aquilodon l'avait épargné, reconnaissant sans doute par là son utilité. Aucun lien amical n'unissait les deux géants, mais chacun était conscient de ce que l'autre pouvait lui apporter. Le Prophète lui avait donné une des plus hautes places dans la hiérarchie de Zakinthe, et lui avait accordé sa confiance.

Humfalos s'efforçait de la respecter. Il exécutait les ordres du Palatin, participait activement au redressement de la Province, et gagnait en échange le droit de vivre sans être inquiété. Il observait donc, pour le moment, les travaux des vilains de Zakinthe, dont le nombre avait presque doublé depuis l'arrivée au pouvoir du Prophète. Le Sage voyait la Province jaillir du tas de cendres où le minotaure Kaamos l'avait enfouie, et il s'en réjouissait. Enfin, les barbares allaient prouver qu'il savaient ce que signifiait le mot "civilisation". Enfin, la connaissance allait être donnée à ceux à qui l'on l'avait toujours cachée. Et Humfalos ne serait plus obligé de faire des exécutions en guise d'exemple, quand les habitants de Zakinthe auraient enfin compris que le premier guerrier venu ne pouvait pas devenir leur chef.

Le soleil n'était plus qu'une bande flamboyante, désormais. Les paysans s'étaient apparemment rassemblés autour d'un engin, que n'avait jamais vu Humfalos. Intrigué, il descendit de la petite colline où il se tenait, non loin d'Arthandre, s'appuyant sur sa canne, pour aller voir cet étrange objet de plus près. Les paysans le virent approcher et le reconnurent. Leurs visages, gais jusqu'alors, furent envahis par l'agacement. En effet, Humfalos avait une réputation de vieillard acariâtre et cruel, qu'il était d'ailleurs. S'adressant directement aux orques, sans s'embarrasser de courtoisie, car il méprisait les rustres, il leur demanda de sa voix chevrotante mais n'admettant pas de réplique :

- C'est quoi, ça ? Encore une de vos inventions géniales ? Je n'ai pas donné d'ordre concernant des recherches, me semble-t-il.

Un des orques, qui n'avait pas apprécié le ton du Grand Conseiller, lui répondit brutalement, projetant de nombreux postillons peu agréables aux autres.

- Si ça ne vous plaît pas, partez. C'est juste pour nous rendre le travail plus facile.

Humfalos grogna. Celui-ci pouvait devenir dangereux. Il faudrait penser à l'exécuter, ou du moins à lui faire assez mal pour le remettre dans le droit chemin. C'était des abrutis dans son genre qui retardaient l'expansion de la Province. Il rétorqua d'un ton glacial.

- J'ai demandé ce que c'était, et tu vas répondre tout de suite.

L'instrument était assez grand ; il arrivait à la taille des orques. Il ressemblait à une charrue, mais avec beaucoup plus de lames, et des pelles ingénieusement fixées sur les roues, de façon à retourner la terre plus efficacement sur les côtés, au lieu de la tasser. Un boeuf ou un cheval de trait semblait suffisant pour tracter l'objet. C'était une invention assurément brillante, mais Humfalos ne le dit pas, se contentant de toiser les ruraux avec tout le mépris dont étaient capables les yeux aux paupières tombantes et ridées d'un vieillard. Un autre orque répondit finalement, lorsque le Grand Conseiller eut terminé son examen.

- C'est le progrès, ô Humfalos. C'est Turbak qui l'a construite aujourd'hui. On l'appelle la trancheuse-de-sol.

L'orque désigna un de ses compères, qui semblait fier de lui. Le Sage le regarda, et le toisa lui aussi de la tête aux pieds. Il était costaud, mais pas de la même façon que les paysans habituels. Lui semblait avoir le physique d'un forgeron, bien qu'un peu altéré par les travaux des champs. Ainsi, son nom était Turbak. Bien. Humfalos avait eu ce qu'il voulait. Mais le nom, la trancheuse-de-sol, le gênait un peu.


- Vous l'appelerez la tourbaque. La trancheuse-de-sol fait bien trop barbare, dit le Grand Conseiller. Il se tourna vers Turbak, à qui il avait fait un grand honneur en donnant le nom à l'engin, et lui parla. Toi, Turbak ! Dès demain, je t'envoie des forgerons et des menuisiers, pour que vous me produisiez ça en nombre. J'en veux cinq autres pour demain, c'est clair ?

Sans attendre de réponse, Humfalos tourna les talons et s'éloigna de nouveau vers la ville, alors que le soleil venait de disparaître sous la ligne de l'horizon. Soudain, il s'arrêta, se retourna et prit de nouveau la parole.

- Mmmh. Et tu vas aussi m'inventer un engin permettant de faucher plus rapidement les blés. Je le veux avant les moissons.

Puis il repartit pour de bon, claudiquant, appuyé sur sa canne, tandis que les vilains entraient en grande conversation sur la mécanisation de leur travail.

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MessageSujet: Re: Les campagnes de la Cité   Mer 7 Avr 2010 - 19:29

Le lendemain, les artisans arrivèrent tôt pour comencer la production de la tourbaque. Le prototype ne put donc pas servir au labourage ce jour-ci. Le maître forgeron coordonna les opérations et la production commença rapidement. Les dix forgerons fabriquèrent les lames et les "pelles", destinées à retourner le sol fertile. Des bûcherons engagés en hâte par le vieil Humfalos étaient partis couper des arbres dans un bois proche. Un véritable chantier miniature se créa à côté du campement des paysans. Un chantier où les hommes travaillaient dur, mais dans l'allégresse, tant que l'on entendait leur chant. Les menuisiers élaguèrent les troncs, et en firent des planches épaisses. Ils les poncèrent ensuite à l'aide de racloirs en pierre, puis s'associèrent aux forgerons pour créer des attaches adéquates.

Au zénith, l'on abattit un mouton que l'on fit rôtir. Les artisans, s'étant nourris de la viande et ayant bu de la bière mauvaise mais fraîche, reprirent leur travail avec entrain. Ce n'est que lorsque le soleil commença à décliner que les nuages se massèrent au dessus d'Arthandre, accablant la ville aux mille tentes d'une pluie glacée, comme il y en avait rarement. Les forgerons achevèrent bien vite leur labeur, abritèrent les tourbaques sous des peaux et rentrèrent en hâte à la cité, accompagnés des menuisiers. Ces nuages venaient probablement de la mer de Thassopole. Seuls les shamans, qui maîtrisaient les éléments, le savaient.

Humfalos n'alla voir les résultats du travail acharné des artisans que le lendemain, lorsque la pluie cessa. Il en fut, pour la première fois depuis longtemps, satisfait. Il ordonna le rappel d'un groupe de maçons travaillant sur le chantier de Dunamopole, l'enclave thassopolienne, pour organiser la construction d'ateliers provinciaux dans Arthandre, les premiers bâtiments en dur de la cité. Ils furent bâtis en deux semaines, et le Sage installa aux frais de la Province les forgerons et les menuisiers dans ces ateliers, qu'il nomma Ateliers Provinciaux de Mécanisation de l'Agriculture, ou APMA. La tourbaque en devint une des productions non-négligeable, bien sûr devancée par la charrue, la houe, la faux, l'araire, la fourche et toutes autres sortes d'outils agricoles.

L'agriculture de Zakinthe devint le lieu d'investissement majeur du Palatinat, Aquilodon n'ayant donné aucun ordre contraire, ni même aucune réponse quand Humfalos lui avait envoyé les rapports réglementaires. Le Président du Conseil Ménéxen orienta donc la politique provinciale dans ce sens, et il se prit à aimer tenir les rênes du pouvoir.

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